L’histoire des Égouts
de Paris
L’histoire des égouts de Paris et celle de la ville sont intimement liées. L’évolution de l’un influence celle de l’autre, et vice-versa. Alors que fin XVIIIe, l’égout est un cloaque, la capitale est envahie par la maladie. Au fil du XIXe et des avancées techniques, les égouts deviennent peu à peu un réseau agile, serpentant adroitement sous la ville en un réseau unitaire et gravitaire. Paris commence à respirer et à se développer.
Fleuron du patrimoine industriel français, les égouts deviennent un canal d’assainissement de la capitale. Ils jouent aussi un temps le rôle de levier de productivité pour l’agriculture. Ils sont une source d’inspiration pour les artistes : peintres et écrivains entrainent héros et vilains au fil des boyaux du réseau souterrain. Aujourd’hui, les égouts représentent un outil supplémentaire pour une ville plus verte, reflétant les préoccupations écologiques de notre temps.
« L’égout, c’est la conscience de la ville. Tout y converge et s’y confronte »
Quand Paris baignait
dans le cloaque…
« Tous les miasmes du cloaque se mêlent à la respiration de la ville »
(Victor Hugo, L’Intestin de Léviathan)
Depuis le 18e siècle, la mortalité à Paris est la plus élevée de France et début 19e, la capitale souffre toujours du manque d’hygiène.
A Paris, l’égout parfois déborde, comme le décrit Victor Hugo : « Par moments (…) le cloaque refluait dans le gosier de la ville, et Paris avait l’arrière-goût de sa fange ». L’écrivain évoque par exemple l’inondation de 1802 : « La fange se répandit en croix place des Victoires, où est la statue de Louis XIV. Elle entra rue Saint-Honoré par les deux bouches d’égout des Champs-Elysées ».
On comprend facilement que les épidémies de choléra se succèdent dans la capitale, en 1832, 1849 puis 1884). On incrimine d’abord la « corruption de l’air » par les activités industrielles et la population trop dense. Ou encore les « miasmes » stagnant dans les rues où les immondices s’accumulent, ainsi que l’entassement des populations misérables dans des immeubles insalubres.
A Paris, on boit une eau souvent malsaine car les nappes phréatiques et les puits sont contaminés par les fosses d’aisance, et les eaux usées que l’on rejette dans la rue ou dans la Seine. On ne pointe cependant pas encore clairement à l’époque le rôle de l’eau dans la transmission des maladies… Mais on réfléchit déjà aux moyens de nettoyer les rues et des médecins recommandent d’évacuer les eaux sales à l’égout. C’est le début d’une profonde transformation du réseau souterrain.
Les égouts modernes :
les hommes
de l’assainissement
et la vision de Belgrand
« Ramification obscure, toujours en travail; construction ignorée et immense »
(Victor Hugo, L’Intestin de Léviathan)
Nombreux sont les hommes de science à s’être penchés sur l’égout, depuis son état de cloaque puis de réseau tentaculaire au fur et à mesure qu’il prenait forme. On pense notamment au médecin hygiéniste Alexandre Parent du Chatelet, aux ingénieurs Henri-Charles Emmery et Adolphe-Auguste Mille…
Mais parmi tous ceux qui ont façonné les égouts de Paris, Eugène Belgrand tient une place à part. Ce polytechnicien et ingénieur des Ponts et chaussés, passionné d’hydrologie, est appelé par le préfet Haussmann pour prendre en charge le service des eaux de Paris en 1854. Objectif : fournir à la ville de l’eau pure en permanence. L’ingénieur met en place des captages d’eau de source qui alimentent Paris à partir de 1865. Ce nouveau réseau, tout comme celui de l’eau non potable destinée à l’arrosage des parcs, des jardins et des rues, transite par les égouts. Son œuvre ne s’arrête pas là : cette eau pure, il faut la distribuer, puis assurer sa récupération une fois qu’elle a servi.
En 1867, Eugène Belgrand devient directeur des Eaux et Égouts de Paris.
Il crée aussi des outils assurant le bon fonctionnement des égouts, comme des engins de curage : bateau vanne pour curer les grands collecteurs, wagon vanne pour les petits collecteurs, mitrailleuse pour les égouts élémentaires. Ces principes de curage sont toujours valables aujourd’hui.